Je pars. Je sens. Je suis.

Je suis le vent sur la steppe, celui qui souffle dans la crinière des chevaux, dans les cheveux des fils du Loup Bleu. Celui qui fait vibrer les yourtes, s'élever la fumée dans le ciel gris, se coucher l'herbe qui frémit comme un océan vert.

Je suis l'ombre du loup dans la Taïga, qui se projette d'arbre en arbre, court sur la neige, saute les rivières bondissantes ou gelées, dévale les pentes abruptes et se glisse dans les vallons, hurle à la lune et pleure aux étoiles.

Je suis l'étincelle du feu de camp, celle qui fait briller les yeux du vieux sage, qui éclaire le teint cuivré et impassible du guerrier qui observe l'assemblée, celle qui s'évade par le trou à fumée, qui réchauffe les enfants cachés sous la peau de bison dans le tipi, qui aide à tenir conseil.

Je suis la vague et l'écume, qui suit le sillon creusé par l'orque majestueux, qui charie les arbres et les rochers vers les rivages d'au-delà les mers, celle qui porte l'esprit du voyage, fait mourir et renaître, sans cesse en mouvement, celle qui porte en elle la voix de Tangaroa, qui se dresse des profondeurs pour atteindre le ciel.

Je suis la neige des glaciers, qui domine les sommets du monde, immobile et rapide, solide et cassante, qui fige, qui coule, qui contemple.

Je suis l'arbre et je suis la roche. Je suis la mousse et le ruisseau, je suis le sable du désert, la prairie et la banquise. Je suis la foudre ,je suis l'orage, je suis le volcan et la grotte. Je suis le loup, l'ours, la baleine, le faucon, le corbeau, le cheval, le bison, la tortue, le lynx, le chien, le vautour, la fourmi. Je suis le vieillard et je suis l'enfant, je suis le druide, le böö, le šaman, le lama, et aussi le paysan, le guerrier, le chasseur, le forgeron, le barde, le conteur, le boulanger, le moine.

Je suis tout, et je ne suis rien.

Tout est en moi, tout est lié

Mitakuye Oyasin.